Bénin : le Royaume de la Congrégation ancestrale spirituelle haïtienne célèbre la fête des Guédés à Adjagbo
À l’occasion de la fête des Guédés, célébrée le dimanche 1er novembre 2026, le Royaume de la Congrégation ancestrale spirituelle haïtienne a réuni ses fidèles et des invités à son siège, à Adjagbo, dans la commune d’Abomey-Calavi. Entre prières, libations, offrandes et autres gestes rituels, le Roi FIFA et la Reine Dona ont expliqué l’importance de cette célébration dédiée aux morts et à la mémoire des ancêtres.


Honorer les défunts, entretenir leur mémoire et continuer à solliciter leur protection. C’est autour de cette conception de la spiritualité ancestrale que s’est déroulée la célébration de la fête des Guédés au siège du Royaume de la Congrégation ancestrale spirituelle haïtienne, à Adjagbo. Pour les responsables de cette communauté, les morts ne disparaissent pas totalement de la vie de leurs proches. Ils demeurent présents dans leur existence et peuvent, selon cette croyance, continuer à les accompagner.
Dans son intervention, le Roi FIFA a particulièrement insisté sur le lien qui subsiste entre les parents et leurs enfants après la mort. « Nos morts, ce sont eux qui, lorsque nous avons des problèmes, nous ont aimés lorsqu’ils étaient vivants et continuent de nous aimer après leur passage », a-t-il expliqué. Prenant l’exemple d’une mère disparue, il a invité chacun à comprendre que l’amour et la protection qu’elle apportait à ses enfants de son vivant peuvent, dans la croyance vodou, se poursuivre après sa mort.

« Lorsque vous avez un problème et que votre mère a traversé, vous pouvez l’appeler : “Maman, j’ai ce problème-là” », a-t-il illustré. Pour le Roi FIFA, les ancêtres peuvent ainsi aider leurs descendants à surmonter les difficultés, à éviter certains dangers et à ouvrir des portes d’opportunités. Mais cette relation suppose également que les vivants continuent de les honorer et ne les oublient pas.
Des gestes pour honorer et invoquer les ancêtres
Cette reconnaissance passe notamment par des gestes quotidiens et des pratiques rituelles. Le Roi FIFA a évoqué les libations, qui consistent à verser de l’eau en mémoire des défunts, ainsi que le partage symbolique de la nourriture. « Lorsqu’on mange, on met une petite partie sur le côté pour eux, parce qu’ils mangent avec nous, ils boivent avec nous », a-t-il expliqué.
La cérémonie du 1er novembre a permis aux participants de découvrir plus en détail ces pratiques. Avant le début de la prière, le Roi FIFA a invité l’assistance à se lever et à frapper trois fois dans les mains. Un geste auquel il a attribué une signification précise : la première frappe marque l’acceptation des esprits, la deuxième signifie que le fidèle a trouvé ce qu’il recherchait et la troisième exprime l’espoir de recevoir ce qui est demandé.
Les participants ont ensuite été invités à inscrire les noms de leurs proches disparus sur des feuilles de papier. Ces noms devaient être intégrés au rituel, avant que les papiers ne soient brûlés à la fin de la cérémonie. Pour les responsables du Royaume, cette pratique permet de rappeler aux défunts qu’ils restent présents dans les pensées de leurs descendants. Des bougies ont également été allumées en leur mémoire.

Le Roi FIFA a par ailleurs expliqué que les fidèles peuvent, avant de dormir, adresser une demande à un parent disparu en utilisant de l’eau comme support de prière. Il s’agit, selon son enseignement, d’appeler symboliquement cet ancêtre à l’aide face à une difficulté. Ces pratiques s’inscrivent dans une relation spirituelle que les responsables de la communauté considèrent comme vivante et permanente.
Guédés, Baron Samedi et les gardiens du cimetière
La célébration a également été l’occasion d’apporter des explications sur les Guédés et certaines figures associées au monde des morts dans le vodou haïtien. La Reine DONA a notamment évoqué Baron Samedi, Baron La Croix et Baron Cimetière, présentés dans son enseignement comme des figures liées à la gestion du cimetière et au passage vers les ancêtres.
Elle a expliqué que, dans la tradition transmise au sein du Royaume, le premier homme enterré dans un cimetière est associé au Baron, tandis que la première femme est associée à Grande Brigitte. Elle a également évoqué Kafu, présenté comme celui auprès duquel il faut demander le passage avant de s’adresser au Baron. « On doit toujours passer par Kafu pour se rendre vers Baron », a-t-elle précisé.
Ces explications rejoignent certains repères du vodou haïtien. Les Guédés constituent une famille d’esprits associée à la mort, aux cimetières et au rapport entre les vivants et les défunts. Baron Samedi, Baron La Croix, Guédé Nibo et Grande Brigitte figurent parmi les principales entités de cette famille. Les pratiques et les interprétations peuvent toutefois varier selon les communautés et les traditions.
Au-delà des rituels, les responsables du Royaume ont défendu la nécessité de préserver et de transmettre cet héritage aux jeunes générations. Pour eux, les ancêtres sont aussi les dépositaires de connaissances, de valeurs et de pratiques qui risquent de disparaître si elles ne sont pas transmises. « Le vodou n’est pas une façon de croire en quelque chose, c’est une façon de connaître », a déclaré le Roi FIFA, appelant les participants à renouer avec leurs racines.
Un ouvrage annoncé pour le 15 novembre
La célébration du 1er novembre a également été l’occasion pour la Reine DONA d’annoncer une prochaine activité du Royaume. Prévue le dimanche 15 novembre 2026, à l’occasion de son anniversaire, cette rencontre sera marquée par la présentation d’un ouvrage consacré à la devise de la communauté : « Se connaître, s’accepter et s’imposer ».
La souveraine a expliqué que cette démarche repose d’abord sur la connaissance de ses origines et de son histoire. « Se connaître, c’est comment aller à la découverte de soi. Mais pour aller à la découverte de soi, il faut connaître nos ancêtres », a-t-elle souligné. L’ouvrage entend ainsi développer les trois principes qui fondent la vision du Royaume et encourager les personnes attachées à leur héritage ancestral à mieux connaître leur identité, à l’assumer et à la faire valoir.
La Reine Dona a également invité le public à prendre part à ce rendez-vous, qui se tiendra au siège du Royaume à Adjagbo, dans le cadre des rassemblements dominicaux organisés à partir de 14 heures.
Cette célébration du 1er novembre a ainsi constitué un moment de recueillement, mais aussi de transmission culturelle et spirituelle. Le Royaume entend poursuivre cette démarche lors de ses rassemblements hebdomadaires, organisés chaque dimanche à Adjagbo dans la commune d’Abomey Calavi.
Abbas T.
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