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VBG au Bénin : 55 % des femmes journalistes et défenseures des droits humains interrogées déclarent avoir subi des violences

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(Après une première présentation au Sénégal, ASF Canada dévoile officiellement son rapport au Bénin)

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Avocats sans frontières Canada (ASF Canada) a officiellement présenté, jeudi 29 octobre 2026 à Cotonou, un rapport sur les violences basées sur le genre subies par les femmes journalistes et les défenseuses des droits humains au Bénin et au Sénégal. Réalisée avec l’appui d’Affaires mondiales Canada, cette étude met en lumière l’ampleur du phénomène, ses conséquences sur les activités professionnelles des victimes ainsi que les difficultés qu’elles rencontrent pour accéder aux mécanismes de protection. La cérémonie a connu la participation de Huguette Bokpè Gnacadja, présidente de l’Institut national de la femme (INF).

Au Bénin, plus d’une répondante sur deux affirme avoir été victime de violences basées sur le genre (VBG). C’est l’un des principaux enseignements du rapport présenté par Anicette Codjia, membre de l’équipe ayant piloté l’enquête pour Avocats sans frontières Canada. Selon les données recueillies, 55 % des participantes béninoises déclarent avoir subi ces violences, contre 61 % au Sénégal. Ces proportions concernent exclusivement les participantes à l’étude et ne constituent pas une estimation nationale, le rapport reposant sur un échantillonnage non probabiliste.

Les violences recensées prennent plusieurs formes : harcèlement sexuel, agressions physiques, intimidations, violences psychologiques, discriminations et attaques numériques. Leurs conséquences dépassent les atteintes personnelles. Au Bénin, 38 % des victimes interrogées déclarent avoir adopté des comportements d’autocensure après les faits. Certaines renoncent à traiter des sujets sensibles ou réduisent leur engagement par crainte de représailles. D’autres vont jusqu’à changer de profession : c’est le cas de 6 % des victimes interrogées.

Pour Mohamed Fadiga, représentant d’ASF Canada, ces situations menacent également le fonctionnement démocratique. « Lorsqu’une femme journaliste renonce à traiter un sujet par crainte de représailles, lorsqu’une défenseuse des droits humains limite son engagement pour préserver sa sécurité, c’est aussi la liberté d’expression, l’accès à l’information et la participation citoyenne qui sont affectés », a-t-il expliqué. Il a insisté sur la nécessité de faire de cette étude un instrument de prévention et non un simple document de constat.

Des mécanismes de protection encore peu sollicités

L’accès aux dispositifs de recours constitue une autre préoccupation majeure. Parmi les victimes interrogées au Bénin, 14 % déclarent avoir déjà saisi la police ou le parquet. Elles sont 13 % à avoir sollicité la Commission béninoise des droits de l’homme ou l’Institut national de la femme. Le recours aux soins reste également faible : seules 6 % disent avoir consulté un professionnel de santé après les violences.

Représentant le ministre de la Justice et de la Législation, Inès Hadonou, directrice des droits humains et de l’enfance, a particulièrement insisté sur les insuffisances relevées par l’étude. Elle a notamment souligné que, malgré l’existence d’un cadre juridique relativement développé au Bénin et au Sénégal, des lacunes persistent dans la protection spécifique des défenseures des droits humains, l’accessibilité des mécanismes de signalement et la prise en charge des victimes.

S’appuyant sur la méthodologie mixte de l’étude, qui associe recherches documentaires, données quantitatives et enquêtes qualitatives, elle a également relevé la vulnérabilité particulièrement marquée des femmes défenseures des droits humains dans les résultats recueillis. Elle a attiré l’attention sur les difficultés persistantes de dénonciation et d’accès aux recours formels. « Une justice véritablement accessible ne se mesure pas uniquement à l’existence des tribunaux, des textes et des procédures », a-t-elle fait observer. Pour elle, chaque victime doit pouvoir signaler les faits, être écoutée, protégée et obtenir une réponse sans craindre de nouvelles représailles.

Les médias et les institutions également interpellés

Au nom de la ministre de la Famille et de l’Action sociale, Joséphine Fatondji a, elle aussi, alerté sur le coût humain, professionnel, psychologique et social de ces violences. Elle a notamment rappelé qu’elles débordent du cadre professionnel pour atteindre les familles et les espaces numériques. Selon elle, il n’est pas acceptable qu’une femme journaliste soit contrainte d’éviter certains sujets ou qu’une défenseure des droits humains renonce à s’exprimer par peur des représailles. Elle a également appelé les médias à renforcer leurs dispositifs internes de prévention et de gestion du harcèlement et à promouvoir l’égalité professionnelle.

Le Canada réaffirme son engagement

Présent à la cérémonie, Marc Leblanc, représentant de l’ambassade du Canada, a réaffirmé l’engagement de son pays à soutenir les initiatives de lutte contre les violences basées sur le genre visant les femmes journalistes et les défenseuses des droits humains. Le soutien canadien a également contribué à la réalisation de ce rapport, qui met en lumière les obstacles auxquels ces femmes sont confrontées dans l’exercice de leurs activités. Le représentant a rappelé l’importance de leur contribution à la construction de sociétés démocratiques, respectueuses des droits et des libertés.

Le rapport recommande notamment des mécanismes de signalement indépendants, accessibles et confidentiels, un meilleur accompagnement juridique et psychosocial des victimes, ainsi que le renforcement de la sécurité physique et numérique des femmes concernées. Il invite également les médias et les organisations de la société civile à adopter des politiques internes de prévention et de lutte contre le harcèlement.

Pour Mohamed Fadiga, l’enjeu est désormais de faire de cette étude un point de départ pour des actions concrètes en faveur de la justice, de l’égalité et de la protection des libertés fondamentales. La portée de cette étude dépendra désormais de la traduction de ses recommandations en actions concrètes.

beninnews.bj, l’information autrement.

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