Dans l’Atlantique, le préfet suspend jusqu’à nouvel ordre les manifestations des cultes Egungun et Oro. Une décision motivée par la multiplication des couvents créés par des personnes présentées comme non dignitaires, mais aussi par des violences et des décès enregistrés lors de certaines manifestations.

Le mouvement de durcissement se poursuit autour de l’encadrement des cultes Egungun et Oro au Bénin. Après plusieurs mesures prises dans différentes localités, une nouvelle interdiction vient de tomber dans le département de l’Atlantique.
Dans une correspondance adressée aux maires des communes du département, le préfet annonce la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de toute manifestation des cultes Egungun et Oro sur l’ensemble du territoire de l’Atlantique. Les maires sont également invités à faire recenser, avec les dignitaires, l’ensemble des couvents présents dans les villages et quartiers de ville de leurs communes. Un compte rendu est attendu sous huitaine.
L’autorité préfectorale justifie cette mesure par la « recrudescence de la création des couvents de cultes Egungun et Oro par des non dignitaires », mais également par la survenue de « voies de fait et parfois de décès lors des manifestations desdits cultes ».
Des précédents qui illustrent le durcissement
Cette décision n’est pas isolée. À Abomey-Calavi, le maire Nathanaël Koty a, le 18 septembre 2026, interdit toute manifestation liée au culte Egungun sur l’ensemble du territoire communal, en attendant une réorganisation de sa représentation.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas nouveau. À Porto-Novo, les manifestations Egungun avaient déjà été temporairement suspendues en juin 2022 à la suite de tensions entre plusieurs associations représentant le culte dans la ville.
Du côté du culte Oro, Pobè constitue un autre exemple marquant. Un arrêté préfectoral de novembre 2020 interdit les manifestations du culte dans 17 quartiers de l’arrondissement. Cette restriction est encore rappelée dans le dispositif encadrant les cérémonies de 2026.
Dans l’Atlantique, le problème a également pris une tournure dramatique en février dernier. Une cérémonie Egungun à Akadjamè, dans la commune de Tori-Bossito, avait dégénéré en affrontements, faisant deux morts et plusieurs blessés selon les informations rapportées à l’époque. Une enquête avait été ouverte pour déterminer les circonstances et les responsabilités.
Ces décisions successives traduisent surtout la volonté des autorités de mieux encadrer des pratiques traditionnelles dont certaines manifestations publiques donnent lieu à des tensions, à des violences ou à des restrictions importantes de la circulation. Elles soulignent aussi une réalité préoccupante : des pratiques ancestrales, censées participer à la transmission culturelle et à la cohésion communautaire, se retrouvent parfois associées à des scènes de violence et, dans les cas les plus graves, à des pertes en vies humaines.
La nouvelle suspension dans l’Atlantique place désormais les dignitaires et responsables des couvents devant une responsabilité importante : contribuer à l’assainissement et à une meilleure organisation de ces pratiques afin que les manifestations culturelles et cultuelles puissent se dérouler sans mettre en danger les populations.

Abbas T.
beninnews.bj, l’information autrement.
