En République démocratique du Congo, l’émission du premier Eurobond du pays continue de faire débat. Quatre mois après avoir levé 1,25 milliard de dollars sur les marchés internationaux, le gouvernement n’a encore engagé qu’une fraction des fonds, alors que la dette génère déjà des charges financières. Cette situation alimente les critiques au sein même de la majorité présidentielle.
Certains élus s’interrogent sur l’opportunité d’avoir mobilisé l’intégralité de l’emprunt dès avril, alors qu’une partie des projets devant être financés n’a pas encore démarré.
Sur les 1,25 milliard de dollars obtenus, environ 650 millions devaient être utilisés au cours de l’année 2026. À ce stade, seulement 138 millions de dollars auraient effectivement été consacrés aux projets prévus.
Pour le député Flory Mampaboli, membre du parti présidentiel, cette situation pose la question du coût supporté par l’État. Selon lui, les centaines de millions de dollars encore disponibles entraînent des charges d’intérêts alors même que les besoins correspondants ne sont pas immédiats.
Le gouvernement défend un choix stratégique
Le ministère des Finances conteste cependant l’idée d’un emprunt surdimensionné. Pour les autorités, cette première entrée de la RDC sur le marché international de la dette ne devait pas être considérée comme un simple financement destiné à couvrir des dépenses immédiates.
Le gouvernement présente cette opération comme une étape stratégique visant notamment à renforcer la crédibilité financière du pays, attirer les investisseurs internationaux et établir une référence permettant de mesurer le coût futur des emprunts congolais. Le ministère évoque ainsi une opération relevant d’une stratégie financière de long terme et insiste sur le caractère inédit de cette émission souveraine.
Des fonds placés en attendant les projets
Les autorités soulignent par ailleurs que les sommes qui n’ont pas encore été utilisées ne restent pas totalement improductives. Les fonds disponibles sont placés auprès de banques commerciales et génèrent des revenus destinés à compenser en partie le coût lié à leur immobilisation.
Le gouvernement estime également qu’une mobilisation anticipée peut constituer une protection contre une éventuelle dégradation des conditions financières internationales. Une remontée des taux d’intérêt ou un accès plus difficile aux marchés pourrait en effet rendre plus coûteux un financement obtenu ultérieurement.
Cette justification ne convainc toutefois pas tous les observateurs, alors que le débat porte désormais sur le calendrier d’utilisation des fonds autant que sur le principe même de l’emprunt.
Des infrastructures au cœur du programme
L’Eurobond doit financer plusieurs projets présentés par le gouvernement comme prioritaires pour le développement économique du pays. Parmi les infrastructures citées figurent notamment la réhabilitation de la route nationale numéro 4, des projets aéroportuaires, une partie de la rocade de Kinshasa ainsi que plusieurs investissements dans le secteur énergétique.
Pour Kinshasa, ces projets doivent générer des effets économiques au-delà de leur seule réalisation, notamment en améliorant les transports, les échanges et l’accès à l’énergie. Le débat sur l’Eurobond devrait donc se poursuivre autour d’une question centrale : la RDC a-t-elle eu raison de lever l’ensemble des 1,25 milliard de dollars dès maintenant, ou aurait-elle dû adapter davantage le montant emprunté au rythme réel de ses besoins ?
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