Liberté d’expression au Cameroun : six mois de prison ferme pour une publication jugée offensante envers la présidence

Le tribunal de première instance de Yaoundé a sanctionné un usager des réseaux sociaux pour des propos implicites. Une condamnation qui suscite la colère du barreau et de la société civile, y voyant une manœuvre d’intimidation.
Poursuivi pour outrage au président de la République, Patrick Mengue a été condamné à une peine de six mois de détention ferme par le tribunal de première instance de Yaoundé. L’affaire remonte au printemps dernier : deux jours après avoir diffusé un message sur les plateformes numériques au lendemain de l’annonce du décès du président du Sénat, l’intéressé avait été appréhendé puis incarcéré en détention provisoire à la mi-avril.
Bien que le chef de l’État ne soit aucunement désigné de façon explicite dans le texte incriminé (rédigé sous forme d’invocation religieuse), l’accusation y a décelé une attaque directe contre la première institution du pays, qualification retenue par le siège.
L’impartialité des juges remise en question par la défense
À la sortie de l’audience, la stratégie poursuivie par le ministère public a essuyé de vives critiques de la part du collectif d’avocats assurant la défense du prévenu.
Les conseils ont formellement annoncé leur intention de frapper la décision d’appel, fustigeant une condamnation reposant sur des déductions subjectives plutôt que sur des preuves tangibles.
Selon les représentants du barreau, la nature même de la charge crée une dissymétrie problématique : le parquet défendant les intérêts de la haute magistrature, l’équité des débats s’en trouve fragilisée. La défense martèle qu’en droit pénal, l’interprétation stricte des textes doit prévaloir sur les suppositions.
La société civile dénonce un climat d’inhibition collective
Du côté des organisations non gouvernementales, cette sentence est perçue comme un signal inquiétant pour le débat public. Plusieurs figures de la protection des droits fondamentaux estiment que la sévérité de la décision cherche avant tout à instaurer une forme d’autocensure au sein de la population.
Alors que le ministère public s’est refusé à tout commentaire à l’issue du délibéré, le condamné, qui a déjà accompli la moitié de sa peine dans le cadre de sa détention préventive, devrait demeurer incarcéré jusqu’au début de l’automne, sauf révision du jugement en appel.
