Le Meilleur de lInformation

Ministère du Budget et de la Fonction publique : Rodrigue Chaou prend les commandes

0 734

(Après 10 ans de réformes, Adidjatou Mathys quitte le ministère sous une pluie d’hommages, d’ovations et de reconnaissance)

Le mardi 26 mai 2026 restera longtemps gravé dans les mémoires au ministère désormais dénommé ministère du Budget et de la Fonction publique. Dans une salle archi comble, chargée d’émotions, de témoignages et de reconnaissance, Adidjatou Mathys a officiellement passé le témoin à Rodrigue Chaou, après un peu plus de dix années passées à la tête de ce département stratégique de l’État.

Anciens collègues ministres, partenaires sociaux, agents du ministère, proches, parents et amis ont massivement effectué le déplacement pour accompagner celle qui aura marqué durablement l’administration béninoise. À plusieurs reprises, l’émotion a pris le dessus dans la salle de conférence du ministère au sein de la cité ministérielle. Des accolades, des bénédictions, des présents offerts à la ministre sortante et de longs applaudissements ont rythmé cette cérémonie aux allures d’hommage national.

Dès les premiers témoignages, le ton était donné. Du représentant du personnel au Synatra-MTFP, en passant par le secrétaire général de la COSI-Bénin, tous ont salué une femme de rigueur, d’écoute et de réformes, qui aura profondément transformé le ministère.

Le discours d’hommage lu au nom du ministère a retracé le parcours exceptionnel d’Adidjatou Mathys depuis son arrivée au gouvernement le 6 avril 2016. Pendant une décennie, elle aura conduit des réformes majeures qui ont changé le visage de la fonction publique béninoise. Sous sa gouvernance, près de 12 000 fonctionnaires ont été recrutés à travers des concours présentés comme transparents et crédibles. L’administration publique a connu une accélération de sa modernisation avec la dématérialisation des actes de carrière, la création des Centres communaux de services publics (CCSP) et des guichets de relation avec les usagers. Le ministère a également organisé, pour la première fois dans l’histoire du Bénin, des élections professionnelles par voie électronique, en pleine période de Covid-19. Une réforme saluée jusque sur le plan africain. L’hommage a aussi insisté sur les avancées sociales obtenues sous son autorité : la remise automatique des livrets de pension, le paiement rapide des pensions de retraite, la lutte contre le travail des enfants ou encore l’amélioration du dialogue social. « Vous n’avez pas géré un ministère, vous avez bâti une administration », a résumé avec émotion la représentante du ministère sous les applaudissements nourris de l’assistance.

Le représentant du personnel a, lui aussi, dressé un bilan élogieux : nouvelles méthodes de travail, régularité des commissions administratives paritaires, promotion des cadres, acquisition d’équipements pour les directions départementales, création d’associations de femmes et de retraités du ministère… autant d’actions qui, selon lui, ont laissé des traces durables. Même les syndicats, pourtant souvent critiques envers les gouvernants, ont reconnu les avancées enregistrées sous son passage. Le secrétaire général de la COSI-Bénin a particulièrement salué la digitalisation des actes de carrière. « Avant vous, il était indispensable pour un agent à Karimama de se déplacer à Cotonou pour entrer dans ses actes de carrière. Aujourd’hui, il suffit d’un clic sur son téléphone », a-t-il déclaré.

Cependant, un point sensible a également été soulevé. Le secrétaire général de la COSI-Bénin a notamment exprimé ses inquiétudes face à la disparition du mot “Travail” dans la nouvelle dénomination du ministère. Selon lui, cette évolution suscite des interrogations chez de nombreux travailleurs du secteur non public, qui représentent l’écrasante majorité de la population active du pays. Il a alors appelé le nouveau ministre à maintenir un dialogue social permanent et sincère avec les partenaires sociaux, rappelant que « ce n’est pas l’absence de grève qui signifie forcément la paix sociale ».

« Chère maman » : la transmission entre affection, respect et continuité

L’un des moments les plus marquants de la cérémonie restera sans doute la relation presque filiale affichée publiquement entre les deux personnalités. À plusieurs reprises dans son allocution, Rodrigue Chaou s’est adressé à la ministre sortante en l’appelant affectueusement « chère maman ». Dans un discours sobre mais profondément respectueux, le nouveau ministre a reconnu avoir beaucoup appris aux côtés d’Adidjatou Mathys. « Avoir servi dans votre environnement du ministère de l’Économie et des Finances au ministère du Travail et de la Fonction publique a été pour moi une école. J’y ai appris la discipline, l’exigence, la loyauté administrative et le respect du service public », a-t-il confié. Il a également rappelé les nombreuses réformes conduites ensemble ces dernières années, notamment la conception du SIGRHPE, le système intégré de gestion des ressources humaines de l’État, la coordination CNSS-FNRB ou encore le paiement unique des pensions.

Face à lui, Adidjatou Mathys n’a pas caché sa sérénité au moment de transmettre les charges. Visiblement émue, elle a salué la compétence de celui qu’elle considère aussi comme « son fils ». « Le ministère du Travail et de la Fonction publique ne vous est pas étranger, vous connaissez bien la maison », lui a-t-elle lancé. Dans une formule qui a fait sourire l’assistance, elle ajoutera : « Vous n’êtes pas venu les mains vides. Vous êtes venu avec le budget de l’État », voyant dans cette fusion avec le Budget une chance pour améliorer les moyens du ministère et les conditions des travailleurs.

« Je repars avec la satisfaction du devoir accompli »

Au moment de refermer dix années de gestion, Adidjatou Mathys a laissé parler son cœur. Dans une allocution parfois interrompue par les applaudissements, elle a remercié le président Patrice Talon pour la confiance renouvelée durant deux mandats successifs, avant d’adresser ses encouragements au nouveau chef de l’État Romuald Wadagni. Le ministre sortant a surtout tenu à rendre hommage à ses collaborateurs, aux partenaires sociaux, aux retraités, aux travailleurs et aux jeunes recrutés dans la fonction publique. « J’ai compris à l’épreuve du temps que le ministère du Travail et de la Fonction publique est le cœur battant de l’administration béninoise », a-t-elle laissé entendre avant d’ajouter : « Je repars avec la satisfaction du devoir accompli (…) avec la conscience d’avoir contribué, à ma façon, à faire du Bénin un pays un peu plus juste, un peu plus moderne et un peu plus respecté de par le monde. »

Dans la salle, beaucoup avaient déjà les yeux humides. À plusieurs reprises, les applaudissements ont interrompu ses propos. À la fin, Adidjatou Mathys a reçu des présents, notamment des fleurs et un joli tableau, dans une ambiance particulièrement émouvante. Le ministre entrant a également reçu des fleurs, en signe de bienvenue et de reconnaissance pour sa nomination.

Après dix années passées à piloter les questions liées au travail, à la fonction publique et au dialogue social, Adidjatou Mathys a quitté le ministère portée par une rare unanimité : celle d’une femme qui, aux yeux de nombreux agents, aura consacré une partie de sa vie à bâtir une administration plus humaine et plus moderne.

Abbas T.

beninnews.bj, l’information autrement.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Verified by MonsterInsights