Après la gratuité pour les filles au Bénin : et si l’État pensait aussi aux garçons issus de familles modestes ?
(Un allègement progressif des contributions scolaires pourrait aussi soulager de nombreuses familles)

La généralisation de la gratuité des frais de contribution scolaire pour les filles dans les établissements publics du secondaire général est une mesure sociale importante. À partir de la rentrée 2026-2027, toutes les filles béninoises régulièrement inscrites dans ces établissements bénéficieront de cette exonération. Une décision qui devrait soulager de nombreuses familles et favoriser davantage le maintien des filles à l’école. Mais derrière cette avancée se dessine déjà une autre question, plus délicate : quelle réponse pour les familles qui n’ont que des garçons scolarisés ?
Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause la pertinence de la mesure. Au Bénin comme ailleurs, les filles peuvent être confrontées à des obstacles particuliers qui compromettent leur parcours scolaire. Faciliter leur maintien à l’école est donc une politique que l’on peut comprendre et soutenir.
Mais une politique publique, aussi pertinente soit-elle, peut aussi susciter de nouvelles interrogations lorsqu’elle produit des différences de traitement entre les familles. Imaginons une famille modeste avec deux ou trois garçons au collège. Les parents doivent continuer à payer les contributions scolaires, alors qu’une famille voisine, ayant uniquement des filles dans les mêmes établissements publics, bénéficie désormais de l’exonération. Sur le papier, la différence peut se justifier par l’objectif de favoriser la scolarisation des filles. Dans la réalité quotidienne des ménages, elle peut toutefois être ressentie autrement.
Pour un parent qui peine déjà à payer les fournitures, les uniformes, le transport, les livres et les autres dépenses liées à la scolarité, chaque franc compte. Que l’enfant soit une fille ou un garçon, la difficulté financière reste la même à la caisse du marché, dans les dépenses alimentaires ou lorsqu’il faut payer les frais de rentrée. C’est précisément à ce niveau que le débat mérite d’être posé.
Et si la prochaine étape était l’allègement pour tous ?
La question n’est pas forcément de demander immédiatement la gratuité totale pour les garçons. Elle pourrait être beaucoup plus pragmatique : et si l’État commençait, dès l’année prochaine, à réduire progressivement les contributions scolaires pour les garçons, notamment ceux issus des familles les plus vulnérables ?
Un mécanisme social pourrait par exemple permettre aux familles en situation économique difficile de bénéficier d’une réduction, voire d’une exonération, indépendamment du sexe de l’enfant. Cette approche permettrait de conserver la politique spécifique en faveur des filles tout en élargissant progressivement le filet social.
À terme, l’ambition pourrait même être plus grande : parvenir à une gratuité effective pour tous les enfants, filles comme garçons, lorsque les ressources de l’État le permettront. Car si l’objectif ultime est de permettre à chaque enfant d’aller à l’école et d’y rester, il serait difficile de considérer que cette ambition doit s’arrêter à une distinction entre filles et garçons.
Une mère qui a trois filles à charge et voit leurs frais scolaires disparaître respire certainement un peu mieux. Mais un père ou une mère qui élève trois garçons et doit continuer à chercher chaque année les moyens de payer leurs contributions peut légitimement se demander quand son tour viendra. C’est là que la politique sociale doit continuer à évoluer. La généralisation de la gratuité pour les filles mérite donc d’être saluée. Mais elle peut aussi ouvrir une nouvelle réflexion sur l’avenir de l’école publique au Bénin : après avoir facilité l’accès des filles, comment l’État peut-il progressivement alléger le coût de la scolarité pour tous les enfants ?
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