(Une lueur d’espoir qui ravive les attentes d’un secteur en quête de renouveau)
Dans le premier gouvernement du président Romuald Wadagni, une nomination résonne déjà bien au-delà des couloirs administratifs : celle d’Aurélie Adam Soulé Zoumarou comme ministre de la Communication, en charge des Médias. Ancienne ministre du Numérique et figure déjà connue de l’appareil gouvernemental sous le précédent régime, Aurélie Adam Soulé fait cette fois son retour avec un portefeuille dont l’intitulé lui-même ravive de nombreuses attentes dans les rédactions au Bénin : “en charge des Médias”.
Pour beaucoup de journalistes, ces quelques mots ont une portée particulière. Parce qu’ils réveillent le souvenir d’un secteur qui, pendant plusieurs années, a eu le sentiment d’avoir disparu des priorités politiques. Un secteur longtemps considéré comme le quatrième pouvoir, mais qui s’est progressivement retrouvé fragilisé, silencieux, parfois oublié dans les grandes orientations publiques.
Depuis le départ de l’ancien ministre de la Communication, Alain Orounla, du gouvernement Talon en 2021, ce portefeuille n’a plus été rétabli. Nombreux sont les professionnels des médias qui ont eu l’impression que la presse béninoise avançait sans véritable point d’ancrage politique au sommet de l’État. Et pendant que les médias perdaient peu à peu leur visibilité institutionnelle, les difficultés du terrain, elles, continuaient de s’accumuler.
Dans plusieurs rédactions, des journalistes travaillent encore aujourd’hui dans des conditions extrêmement précaires. Certains vivent sans couverture sanitaire, avec des revenus instables, parfois dérisoires au regard des sacrifices que demande le métier. Derrière les micros, les caméras ou les articles publiés chaque jour, beaucoup de journalistes vivent une réalité silencieuse que le grand public ignore souvent. Plusieurs tombent malades sans véritable assistance. D’autres disparaissent dans l’indifférence après des années passées à informer l’opinion publique. Certains finissent même par mourir dans des conditions qui bouleversent profondément la corporation, sans qu’aucune réponse structurelle durable ne dépasse réellement l’émotion du moment. Au fil des années, plusieurs entreprises de presse ont fermé leurs portes, tandis que beaucoup d’autres peinent encore à survivre économiquement dans un environnement devenu de plus en plus difficile.
Pendant ce temps, les réseaux sociaux ont profondément rebattu les cartes de l’information. Les influenceurs, web activistes et créateurs de contenus occupent désormais une place immense dans l’espace public numérique, au point de reléguer parfois les journalistes professionnels au second plan. Une réalité douloureuse pour de nombreux hommes de médias qui continuent pourtant d’exercer avec rigueur un métier devenu de plus en plus difficile économiquement.
Le retour symbolique d’un ministère “en charge des Médias”
Dans ce contexte, le retour officiel d’un ministère explicitement chargé des Médias apparaît pour beaucoup comme un symbole fort. Celui d’une profession qui espère enfin redevenir visible aux yeux du pouvoir. Les attentes sont immenses : protection sociale, amélioration des conditions de travail, relance du soutien au secteur, accompagnement des entreprises de presse, adaptation au numérique et surtout reconnaissance du rôle fondamental que continue de jouer la presse dans la démocratie béninoise.
En ressuscitant ce ministère après plusieurs années d’effacement, Romuald Wadagni semble vouloir redonner à la presse béninoise une place qu’elle estimait avoir perdue au fil du temps. Et dans les rédactions, malgré les désillusions accumulées au fil des années, certains recommencent doucement à croire que l’espoir est peut-être encore permis pour la presse béninoise. Car au fond, derrière les débats politiques et les annonces gouvernementales, c’est toute la question de la dignité du métier de journaliste qui revient aujourd’hui sur la table. Lorsque ceux qui informent vivent eux-mêmes dans l’incertitude permanente, c’est tout l’écosystème médiatique qui finit par vaciller.
Le défi du nouveau ministère sera donc immense. Il ne s’agira pas seulement de communiquer au nom du gouvernement, mais aussi de reconstruire progressivement la confiance entre l’État et une corporation longtemps traversée par le découragement. Pour beaucoup d’acteurs des médias, le plus important aujourd’hui n’est pas forcément le retour des privilèges d’hier. Ce qu’ils réclament surtout, c’est de la considération, une meilleure protection sociale, des mécanismes d’accompagnement sérieux et une volonté politique capable de redonner de la valeur au métier. Le chantier est vaste. Mais pour la première fois depuis plusieurs années, une partie de la presse béninoise a le sentiment d’avoir été de nouveau regardée. Et dans un univers médiatique fragilisé par la précarité, la concurrence numérique et les incertitudes économiques, ce simple signal suffit déjà à rallumer, chez certains journalistes, une petite flamme d’espoir.
Abbas T.
beninnews.bj, l’information autrement.
