Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a signé, vendredi 25 septembre 2026, une mesure provisoire mettant fin aux paris à cote fixe et aux jeux en ligne dans le pays. Les nouveaux dépôts sont immédiatement interdits et les plateformes doivent disparaître à partir du 6 octobre.


C’est un véritable coup de frein que le gouvernement brésilien vient de donner au marché des paris en ligne. À neuf jours du premier tour de l’élection présidentielle, Lula a signé une mesure provisoire qui interdit l’exploitation, l’offre, l’intermédiation et la publicité des « bets », terme utilisé au Brésil pour désigner les plateformes de paris à cote fixe.
La mesure concerne aussi bien les paris sportifs que les jeux en ligne, y compris ceux proposés sur des plateformes virtuelles. Elle s’applique aux opérateurs autorisés au niveau fédéral ainsi qu’aux autorisations accordées par les États et le District fédéral. Les autres formes de loteries déjà autorisées par la loi ne sont pas concernées.
Un calendrier déjà fixé pour la fin des plateformes
La décision produit immédiatement ses premiers effets. Depuis la publication de la mesure, le 25 septembre, les plateformes ne peuvent plus accepter de nouveaux dépôts.
Les joueurs disposent toutefois d’un délai pour récupérer leur argent. Ils peuvent retirer volontairement leur solde jusqu’au 5 octobre à 23h59. À partir du 6 octobre, les sites et applications de paris doivent être mis hors ligne. Les opérateurs devront ensuite communiquer aux banques, les 7 et 8 octobre, les soldes encore présents sur les comptes des utilisateurs, identifiés notamment par leur numéro fiscal, le CPF.
La restitution des sommes restantes est prévue entre le 9 et le 14 octobre par l’intermédiaire des établissements financiers. En cas de difficulté empêchant le remboursement, la Caixa Econômica Federal pourra intervenir à partir du 14 octobre.
Le gouvernement annonce également un renforcement de la lutte contre les plateformes illégales. Le ministère des Finances et celui de la Justice doivent notamment travailler au blocage des sites irréguliers, à la suppression des applications et à la restriction des moyens de paiement utilisés par ces opérateurs.
Lula parle de « cancer »
Pour justifier cette décision, le chef de l’État brésilien met en avant les conséquences sociales et financières de l’essor des paris en ligne. Lula a qualifié le phénomène de « cancer », estimant qu’une mesure « dure et drastique » était nécessaire.
« Soit on enlève la tumeur, soit la tumeur nous tuera », a-t-il déclaré après la signature de la mesure. Le président a également rapproché les problèmes liés à l’addiction aux paris de ceux provoqués par la consommation de crack, évoquant des familles confrontées à l’endettement et à la dépendance au jeu.
Les chiffres disponibles permettent de mesurer l’ampleur du phénomène. Une étude du Comité national des secrétaires d’État aux Finances (Comsefaz), réalisée avec le Centre international Celso Furtado (Cicef), estime que les ménages brésiliens ont enregistré 62,5 milliards de réais de pertes nettes liées aux paris en 2025, soit plusieurs milliards d’euros. Ce montant correspond à la différence entre les sommes misesées par les joueurs et les gains qui leur ont été reversés ; il ne s’agit donc pas du montant total des dépôts.
Le même contexte est marqué par un niveau très élevé d’endettement des ménages brésiliens. Mais cette donnée ne doit pas être directement attribuée aux paris : elle englobe l’ensemble des formes d’endettement des familles.
Du marché légal à l’interdiction
La décision de Lula constitue un spectaculaire retournement de situation. Les paris à cote fixe avaient été légalisés au Brésil en 2018 dans le domaine des paris sportifs. La loi de 2023 a ensuite élargi et structuré le cadre légal, notamment en intégrant les jeux en ligne. Depuis le 1er janvier 2025, seules les entreprises autorisées par le ministère des Finances peuvent exploiter légalement ces activités à l’échelle nationale.
Le marché avait ainsi été progressivement réglementé avant que le gouvernement ne décide finalement d’en mettre fin.
La mesure actuelle n’est toutefois pas encore une loi définitive. En tant que mesure provisoire, elle entre en vigueur immédiatement, mais doit être examinée par le Congrès. Elle dispose d’un délai de 120 jours pour être transformée en loi ; à défaut, elle perd sa validité.
Le football brésilien directement concerné
L’annonce touche également le monde du football. Les sociétés de paris sont devenues des partenaires majeurs des clubs brésiliens. Selon un relevé publié avant l’interdiction, 13 des 20 clubs de Série A avaient alors une entreprise de paris comme sponsor principal sur leur maillot. D’autres données publiées après l’annonce en comptent 14, selon la date et la méthode de recensement.
Les contrats représentent des sommes importantes. Une estimation publiée le 26 septembre évalue à environ 910 millions de réais le montant cumulé des contrats de sponsoring principal liés aux paris pour les clubs concernés de Série A en 2026. Flamengo figure parmi les clubs les plus exposés, avec un contrat annoncé à 220 millions de réais fixes par an.
La disparition de ces sponsors constitue donc un enjeu financier important pour le football professionnel brésilien. Plusieurs clubs et acteurs du secteur ont exprimé leur opposition aux restrictions qui menacent ces revenus.
Une décision prise en pleine campagne électorale
Le calendrier donne également à la décision une dimension politique particulière. La mesure a été signée le 25 septembre, neuf jours avant le premier tour de la présidentielle prévu le 4 octobre 2026. Des responsables de l’opposition, dont Flávio Bolsonaro, ont contesté la décision et l’ont présentée comme une manœuvre liée au contexte électoral. Cette interprétation relève toutefois de leur position politique et ne constitue pas un fait établi.
Pour l’instant, une chose est certaine : si le Congrès confirme la mesure, le Brésil mettra fin à un marché qu’il avait pourtant entrepris de légaliser et de réglementer quelques années plus tôt. En attendant, les opérateurs, les joueurs, les clubs sportifs et les acteurs de la publicité disposent de quelques jours seulement pour s’adapter à ce nouveau cadre.
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