À Conakry, un lieu chargé d’histoire est en train de disparaître. La Maison centrale de Conakry, située dans le quartier de Coronthie, à Kaloum, fait progressivement l’objet d’une démolition depuis le samedi 22 août 2026. L’histoire de cette prison remonte à 1903, année de sa première inauguration. Le bâtiment actuellement détruit, lui, avait été construit en 1933. Au fil des décennies, la Maison centrale est devenue un symbole du système pénitentiaire guinéen et un témoin de plusieurs périodes politiques du pays.
Après l’indépendance de la Guinée en 1958, de nombreuses personnalités y ont été détenues. Parmi elles figurent notamment les anciens chefs de l’État Alpha Condé et Moussa Dadis Camara, ainsi que le journaliste Souleymane Diallo.
Pour l’anthropologue Frédéric Le Marcis, de l’École normale supérieure de Lyon, la prison a toujours occupé une place particulière dans l’exercice du pouvoir en Guinée. Sous la colonisation, elle servait notamment à affirmer l’autorité de l’administration et à contrôler les populations considérées comme indésirables. Des chefs locaux, des vagabonds et d’autres personnes jugées problématiques pouvaient y être enfermés ou envoyés vers le pénitencier de l’île de Fotoba. La Maison centrale avait également une fonction économique. En raison du manque de financement, le travail des détenus contribuait au fonctionnement de la prison. Cette logique s’est poursuivie après l’indépendance, alors que l’administration pénitentiaire restait confrontée à d’importantes difficultés financières. Mais au-delà de son rôle carcéral, la prison a aussi été un espace de confrontation avec le pouvoir. Des mouvements de protestation de détenus ont été enregistrés durant la période coloniale comme après l’indépendance. À chaque changement de régime, certains prisonniers étaient libérés, tandis que de nouveaux détenus, notamment des opposants politiques, prenaient leur place. L’évasion de Moussa Dadis Camara et de certains de ses compagnons, alors qu’ils étaient concernés par un procès, a notamment marqué l’histoire récente de la Maison centrale. Les images de cette évasion, largement diffusées sur les réseaux sociaux, avaient illustré la dimension politique et symbolique de cet établissement. Son emplacement, au cœur de Kaloum et à proximité des principaux centres du pouvoir, renforçait encore cette dimension. Pour Frédéric Le Marcis, le déplacement de la prison peut ainsi être compris comme la volonté d’éloigner cet espace de détention du centre névralgique de la capitale. La démolition engagée depuis le 22 août marque donc la disparition progressive d’un site qui aura traversé plus d’un siècle d’histoire guinéenne. Derrière ses murs, se sont succédé détenus de droit commun, opposants politiques et personnalités publiques, faisant de la Maison centrale un témoin majeur des rapports entre pouvoir et société en Guinée.
Amac R. SIKO
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