En amont des élections générales prévues en 2026, Amnesty International Bénin a officiellement présenté, le mercredi 28 janvier 2026, son Manifeste d’engagements pour la promotion et la protection des droits humains au Bénin (2026–2033). La cérémonie s’est tenue au Bénin Royal Hôtel, lors d’une conférence de presse qui a réuni organisations de la société civile, partenaires, militants de l’organisation et professionnels des médias.
À travers ce document stratégique, Amnesty International Bénin entend attirer l’attention de l’opinion publique et des acteurs politiques sur les défis majeurs liés aux droits humains dans le pays. Le manifeste compile une série de recommandations destinées à orienter les programmes et politiques des candidats et partis politiques engagés dans le processus électoral.
Pour Dieu Donné Dagbeto, directeur exécutif d’Amnesty International Bénin, ce manifeste est le résultat d’un travail collaboratif mené avec treize organisations partenaires. À l’en croire, il s’agit d’un document de synthèse issu de plusieurs années de recherches, de rapports et d’actions de plaidoyer. Il a précisé que, dans le contexte électoral, l’organisation a jugé nécessaire de regrouper l’essentiel de ses préoccupations afin que les acteurs politiques puissent s’en inspirer dans l’élaboration de leurs projets de gouvernance.
Amnesty International Bénin alerte notamment sur le rétrécissement de l’espace civique, marqué par des arrestations jugées arbitraires, des pressions sur les médias indépendants et des restrictions aux libertés fondamentales. L’organisation reconnaît cependant certains progrès, tout en soulignant la persistance de discriminations, en particulier envers les femmes et les groupes marginalisés, ainsi que les difficultés d’accès à la justice.
Le manifeste s’articule autour de cinq axes prioritaires.
Le premier axe porte sur la protection des libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique. Amnesty International Bénin critique la suspension de médias et de plateformes numériques sur la base du Code du numérique, qui sanctionne la diffusion de fausses informations. L’organisation plaide pour une révision de ce texte afin de l’aligner sur les standards internationaux. Elle appelle également à revoir certaines dispositions du Code pénal encadrant les manifestations pacifiques, à mettre un terme à l’usage excessif de la force par les forces de sécurité et à réexaminer la loi d’amnistie de 2019, afin de garantir vérité, justice et réparations aux victimes des violences liées aux mouvements sociaux.
Le deuxième axe concerne les conditions de détention. Malgré des initiatives engagées par les autorités, Amnesty International Bénin constate que la surpopulation carcérale demeure préoccupante. L’organisation recommande de limiter le recours à la détention provisoire, d’accélérer le traitement des dossiers judiciaires et de renforcer l’application des peines alternatives pour les infractions mineures. Elle insiste également sur l’amélioration de l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux soins de santé dans les prisons, ainsi que sur l’ouverture d’enquêtes indépendantes en cas d’allégations de torture ou de mauvais traitements.
Le troisième axe vise à renforcer l’accès à la justice et à mettre fin aux détentions arbitraires. Amnesty International Bénin rappelle que plusieurs figures politiques de l’opposition restent privées de liberté dans des conditions qualifiées d’arbitraires par certains mécanismes onusiens. L’organisation réclame leur libération, l’application effective de l’aide juridictionnelle et la reconnaissance par le Bénin de la compétence de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour recevoir directement les requêtes des individus et des organisations.
Le quatrième axe est consacré à l’égalité de genre et à la protection des personnes vulnérables. Amnesty International Bénin souligne la faible représentation des femmes dans les sphères de décision politique et administrative et appelle à des mesures concrètes pour corriger ces déséquilibres. Concernant les personnes vivant avec un handicap, l’organisation plaide pour un meilleur accès à l’éducation et aux soins de santé, notamment par la formation d’enseignants en langue des signes et la mise en place de structures spécialisées. Elle attire également l’attention sur la situation des personnes déplacées internes et des réfugiés, estimés à plus de 57 000 en novembre 2025, en lien avec l’insécurité au Sahel, et exhorte les autorités à renforcer l’assistance humanitaire dans le respect des engagements internationaux.
Enfin, le cinquième axe aborde les droits économiques, sociaux et culturels. Le manifeste dénonce les expulsions forcées liées à certains projets de développement, souvent menées sans compensation adéquate ni solutions de relogement. Amnesty International Bénin appelle à garantir l’accès aux soins de santé, en particulier aux services de maternité, et à mettre fin aux pratiques illégales consistant à retenir des patients pour défaut de paiement.
L’organisation recommande en outre la révision des lois adoptées en 2018 et 2022 qui restreignent le droit de grève, afin de les rendre conformes aux normes internationales.
En clôturant la rencontre, Dieu Donné Dagbeto a souligné que ce manifeste ne prétend pas couvrir l’ensemble des problématiques liées aux droits humains, mais constitue, selon lui, un socle essentiel pour améliorer durablement la situation au Bénin. Il a exprimé l’espoir que les futures autorités s’approprient ces recommandations comme une véritable feuille de route en faveur d’un pays plus juste, respectueux des droits et de la dignité de toutes et de tous.
