Je m’appelle Prisca, j’ai 24 ans, et si je parle aujourd’hui, c’est pour ne plus pleurer seule.
Il y a un an, j’étais une fille comme les autres. Un peu timide, mais toujours souriante. J’avais mes complexes, oui… mes rondeurs, mes cicatrices, mes insécurités. Mais je rêvais, comme tout le monde, d’être aimée, comprise.
Sur Facebook, j’ai rencontré un garçon. Il m’a envoyé un message un soir, m’a dit qu’il aimait ma façon d’écrire. Il me faisait rire. Petit à petit, je lui ai ouvert mon cœur, mes blessures, mes peurs. Il me disait : “Tu es belle, même si toi tu ne le vois pas.”
J’y ai cru.
Une nuit, il m’a demandé une photo “juste pour lui”. J’ai hésité, j’ai dit non. Il a insisté, doucement, tendrement… et j’ai fini par céder. Pas une photo vulgaire, non. Juste moi, vulnérable, vraie.
Trois jours plus tard, mon visage était partout sur Facebook. Mon image, mes mots, mes messages… exposés comme un spectacle de honte.
Je n’oublierai jamais le premier commentaire : “Regardez la fille qui fait la sainte sur Internet.”
En quelques heures, j’étais devenue une risée publique. Des centaines de partages, des moqueries, des insultes. On m’appelait “la fille facile”. Des inconnus m’envoyaient des messages obscènes. J’ai voulu mourir.
J’ai quitté mon travail parce que mes collègues avaient vu les publications. Dans la rue, j’avais l’impression que tout le monde me regardait, que tout le monde savait. Même mes amis se sont éloignés, par peur ou par honte.
Je passais mes journées enfermée, sans manger, sans parler. Je me détestais. J’avais envie d’effacer mon existence.
Un soir, j’ai pris une lame. J’étais prête à en finir. Mais j’ai entendu ma petite sœur frapper à la porte et dire :
“Prisca, viens manger. Je t’aime, hein.”
Ces mots m’ont ramenée à la vie.
Depuis, j’essaie de me reconstruire. Je me soigne, j’apprends à respirer de nouveau. Mais certaines nuits, je revois encore mon visage sur ces pages. Et je me demande :
– Pourquoi les gens rient-ils de la douleur des autres ?
– Pourquoi celui qui m’a trahie dort tranquille alors que moi, je vis en miettes ?
Aujourd’hui, je veux juste savoir :
Comment fait-on pour se pardonner soi-même quand on a été détruite par confiance ?
Comment retrouver la force d’aimer, de croire, de vivre, quand Internet a sali ton nom ?
Je n’attends pas la pitié. J’attends des réponses. Parce que si je parle aujourd’hui, c’est pour ne plus être prisonnière de ma honte.
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