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Ce que vous ne saviez peut-être pas : Hamani Tidjani, l’homme chic qui a fait trembler deux États

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La capitale économique du Bénin bruisse de rumeurs sur un homme mystérieux, toujours vêtu avec élégance, se déplaçant dans des voitures de luxe dernier cri. Son nom : Hamani TIDJANI, un Nigérien d’origine, installé discrètement au Bénin. Pour les uns, un homme d’affaires prospère. Pour d’autres, un cerveau du crime organisé, à la tête d’un réseau tentaculaire de vol et de revente de voitures de luxe, opérant entre le Nigeria, le Bénin et plusieurs pays de la sous-région.

On l’appelait « l’homme chic » pour son allure, son style, et son goût du luxe. Mais derrière cette image raffinée, se cachait une machine bien huilée : vols de véhicules haut de gamme à Lagos et Abuja, maquillage des plaques et revente dans les capitales voisines. Son influence, dit-on, s’étendait jusque dans certains cercles politiques et sécuritaires béninois, ce qui lui garantissait une impression d’impunité totale. Malheureusement, tout change en avril 2003. Le 20 avril 2003, dans l’État d’Ogun (Nigeria), un convoi officiel est pris pour cible. Les assaillants s’emparent d’une Mercedes S500 Compressor, propriété d’Iyabo OBASANJO-BELLO, la fille du Président nigérian Olusegun OBASANJO. Le braquage fait cinq morts, dont deux enfants. Quelques jours plus tard, coup de tonnerre : la Mercedes ensanglantée est retrouvée dans la cour d’une villa à Cotonou, appartenant à Hamani TIDJANI. L’affaire éclate au grand jour. Les médias s’en emparent. Et la tension monte d’un cran entre Cotonou et Abuja.

Le président Olusegun OBASANJO, furieux, exige l’extradition immédiate du suspect et de ses complices. Mais au Bénin, TIDJANI est arrêté puis relâché 48 heures plus tard, faute de preuves suffisantes. C’en est trop pour Abuja : le 9 août 2003, le Nigeria ferme temporairement ses frontières avec le Bénin et impose le Mémorandum de Badagry, un accord de coopération sécuritaire musclée. Sous cette pression, le Président béninois d’alors Feu Mathieu KÉRÉKOU ordonne une nouvelle traque. Une unité spéciale, surnommée « Fire for Fire », est créée pour une mission claire : capturer Hamani TIDJANI, mort ou vif. Après des semaines d’enquête transfrontalière, Hamani TIDJANI est localisé au Mali. Le 11 septembre 2003, il est arrêté, puis extradé vers le Nigeria le 25 septembre, dans une opération express que la Cour Constitutionnelle béninoise jugea illégale. Inculpé de vol à main armée et de recel de biens volés, il est incarcéré à la prison de Kirikiri, à Lagos. Les audiences s’enchaînent, puis s’interrompent, souvent pour « manque de preuves » ou « procédures incomplètes ». Il passera plus de dix ans derrière les barreaux sans jugement.

Le 19 janvier 2014, Hamani TIDJANI meurt en prison, des suites d’un AVC survenu un an plus tôt. Aucun verdict n’aura jamais été rendu. Son procès, inachevé, laisse derrière lui une traînée d’interrogations et un parfum amer d’injustice. Mais son nom reste associé à une époque trouble, marquée par la corruption, la complicité de certaines autorités et la fragilité des institutions judiciaires face aux réseaux criminels transnationaux. Plus qu’un fait divers, l’affaire TIDJANI aura révélé les zones grises du pouvoir, de la diplomatie et du crime organisé en Afrique de l’Ouest. Plus de vingt ans après, le mystère Hamani TIDJANI continue de hanter les mémoires. Pour les uns, il était un simple voleur flamboyant, tombé pour avoir trop défié le système. Pour d’autres, le maillon d’un réseau plus vaste, dont les véritables parrains n’ont jamais été inquiétés. Une chose est sûre : le « roi des voleurs de voitures » aura, le temps d’une décennie, fait trembler deux nations et mis à nu la complexité des relations entre crime, pouvoir et diplomatie en Afrique.

Tchékpémi Jacques AHOUANSOU

beninnews.bj, l’information autrement.

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