Quatre mois après son investiture, plusieurs engagements de campagne commencent déjà à prendre forme.

De la parole aux premiers actes, le nouveau pouvoir béninois donne déjà des signes d’accélération. Quatre mois après l’investiture de Romuald Wadagni, plusieurs engagements annoncés pendant la campagne présidentielle ont franchi le cap de l’annonce pour entrer dans celui de la mise en œuvre. Une première séquence qui permet de regarder autrement la question des promesses électorales au Bénin.
En politique, les promesses de campagne ont souvent une durée de vie courte. Elles mobilisent pendant quelques semaines, nourrissent les discours, puis attendent parfois longtemps avant de retrouver leur chemin vers les décisions publiques. Les quatre premiers mois du mandat de Romuald Wadagni offrent, sur plusieurs dossiers, une situation différente : certaines promesses ont déjà trouvé une traduction concrète, d’autres sont engagées et quelques-unes restent encore au stade de la préparation.
Le programme « Plus loin, ensemble », présenté le 21 mars 2026, était pourtant vaste. Il annonçait une action structurée autour du bien-être social, de la transformation économique et de la cohésion nationale, avec une forte place accordée aux territoires. Le projet prévoyait notamment la généralisation de la gratuité de l’enseignement secondaire pour les filles, la reprise et l’extension du transport universitaire, une protection sociale renforcée pour les agriculteurs, l’accès universel à l’eau potable, des infrastructures sportives dans les 546 arrondissements et la création de six pôles de développement territorial.
L’éducation fournit probablement l’un des exemples les plus visibles. Le programme présidentiel prévoyait la généralisation de la gratuité de l’enseignement secondaire pour les filles. Dès le début du mandat, cette orientation a fait l’objet d’une décision gouvernementale. Autre engagement de campagne : le retour du transport universitaire. Depuis le 21 septembre, 63 bus neufs desservent 12 villes et les quatre universités publiques, faisant renaître le transport universitaire suspendu depuis plusieurs années. Mais l’effort en faveur des étudiants ne se limite pas au transport : les bourses estudiantines ont été revalorisées jusqu’à 49 % selon les filières, les allocations de rentrée et les secours universitaires augmentés, tandis que les bourses dans les filières techniques et professionnelles ainsi que les bourses d’excellence à l’étranger sont renforcées. Le gouvernement prévoit également la réhabilitation de restaurants universitaires à Dangbo, Lokossa et Parakou, la construction de nouveaux restaurants à Abomey-Calavi et Kétou, ainsi que la réhabilitation progressive des logements et infirmeries universitaires. Le nouveau dispositif de transport lui-même comporte une dimension numérique, avec l’achat du ticket à 200 FCFA via la plateforme universitaire ou par le simple code 611#, sans avoir besoin d’un smartphone ou d’une connexion Internet.
L’effort social s’étend aux personnes handicapées. Pour la rentrée 2026-2027, 5 000 élèves handicapés présentant un taux d’incapacité important bénéficient de la gratuité des frais de scolarité dans les établissements publics. Des bourses sont également prévues pour les bacheliers handicapés inscrits dans les universités publiques. Le gouvernement prévoit en outre d’accompagner chaque année environ 1 000 personnes handicapées démunies avec des aides techniques et appareillages adaptés, tandis que la dotation destinée à leurs initiatives entrepreneuriales passe de 200 à 400 millions de FCFA.
Le dossier des Aspirants au métier d’enseignant constitue un autre marqueur. Le programme mettait l’accent sur l’amélioration des conditions d’enseignement et la valorisation du capital humain. En septembre, le gouvernement a annoncé le démarrage prochain du processus d’intégration progressive des AME dans la fonction publique, avec un principe de recrutement progressif sur titre. Le processus n’est pas terminé, mais le dossier a franchi une étape politique importante.
Dans l’agriculture, l’une des promesses portait sur la protection sociale des producteurs : assurance, épargne et retraite. Or, en août, 561,8 millions de FCFA d’indemnisations ont été versés à des producteurs de riz et de coton victimes de pertes de rendement. Près de 95 000 producteurs étaient couverts par le dispositif d’assurance agricole pour la campagne 2025-2026. En septembre, une phase pilote du programme associant production agricole et protection sociale a également été autorisée pour 2 000 producteurs de maïs.
La santé est également entrée dans cette logique. Le projet présidentiel annonçait une prise en charge systématique des urgences vitales. Dès juin, le gouvernement a consacré 1 milliard de FCFA aux stocks destinés à ces urgences dans les hôpitaux publics et prévu une enveloppe de 10 milliards de FCFA pour améliorer l’accès à l’eau et à l’électricité dans les centres de santé encore dépourvus de ces services. En septembre, le nouveau collège de l’Autorité de régulation du secteur de la santé a été installé.
La protection sociale n’est pas en reste. Le Conseil des ministres du 2 septembre a autorisé la construction de 35 Centres intégrés économiques, sociaux et numériques dans 26 communes. L’objectif est de rapprocher plusieurs services des populations et de renforcer les dispositifs de protection sociale.
Même logique pour les infrastructures. Le projet de société faisait des infrastructures et du développement territorial des leviers majeurs. Le 9 septembre, les travaux de reconstruction et d’élargissement de l’axe Setto-Dassa-Zoumè, long de 39,45 km, ont été officiellement lancés. Le projet représente un financement de 291 millions de dollars, dont 202 millions apportés par le Millennium Challenge Corporation et 89 millions de contrepartie béninoise.
Et le chantier territorial annoncé pendant la campagne commence lui aussi à prendre forme. Le 23 septembre, la réforme des pôles territoriaux a été présentée aux préfets et aux maires des 77 communes. Le projet prévoit six grands pôles destinés à mieux organiser le développement économique et à rapprocher l’action publique des réalités locales.
Quatre mois ne suffisent pas pour parler de bilan définitif
C’est ici que la prudence s’impose. Une décision prise n’est pas encore un résultat achevé. Un chantier lancé n’est pas une route livrée. Une réforme annoncée n’est pas encore une transformation durable. Et une mesure sociale décidée doit encore être appréciée à l’aune du nombre de bénéficiaires et de son effet réel sur leur quotidien.
Mais quatre mois suffisent déjà pour constater une dynamique : plusieurs engagements de campagne ont été repris dans l’agenda gouvernemental et certains sont désormais visibles dans la vie quotidienne. Le transport universitaire en est l’exemple le plus parlant. Les indemnisations agricoles, les mesures concernant les filles dans l’enseignement secondaire, les investissements annoncés dans les hôpitaux, les centres intégrés et le chantier Setto-Dassa constituent d’autres pièces de cette première séquence.
C’est peut-être là que se trouve le principal enseignement de ces premiers mois : C’est peut-être là que se trouve le principal enseignement de ces premiers mois : les promesses électorales ne doivent pas s’arrêter au soir du scrutin. Une fois le pouvoir exercé, elles deviennent des engagements dont les Béninois peuvent suivre, année après année, la traduction concrète.
Et sur ce terrain, le plus intéressant reste à venir. Le programme présidentiel s’étend jusqu’en 2033 et contient des engagements beaucoup plus lourds que ceux pouvant être exécutés en quatre mois : accès universel à l’eau potable, nouvelles infrastructures énergétiques, développement industriel, modernisation du système de santé, transformation de l’agriculture, équipements sportifs dans les 546 arrondissements, digitalisation de l’administration et développement des six pôles territoriaux.
Autrement dit, si une partie seulement du programme commence déjà à se matérialiser au bout de quatre mois, les prochaines années seront le véritable test de cette promesse de transformation. C’est à ce moment que les Béninois pourront mesurer ce qui a réellement changé dans les écoles, les hôpitaux, les exploitations agricoles, les entreprises, les communes et surtout dans le budget quotidien des ménages.
Une gouvernance qui veut aussi se raconter autrement
Autre changement notable : le Conseil des ministres, autrefois hebdomadaire, se tient désormais en session ordinaire une fois par mois, le premier mercredi, avec des comités interministériels bimensuels et la possibilité de sessions extraordinaires. Cette nouvelle organisation est donc réelle, même si son efficacité devra être jugée sur les résultats produits plutôt que sur le seul changement de calendrier.
Ce nouveau rythme donne d’ailleurs aux comptes rendus du Conseil des ministres une importance particulière. Les décisions sociales, économiques et territoriales qui en sortent sont désormais scrutées comme autant d’indicateurs de la trajectoire du nouveau mandat.
La communication présidentielle participe également de cette nouvelle proximité. Romuald Wadagni intervient personnellement sur sa page Facebook pour expliquer certaines décisions, comme la gratuité de l’enseignement secondaire pour les filles ou la prise en charge des urgences vitales. Il s’est également montré directement présent auprès de figures qui ont marqué l’actualité nationale, comme l’artiste Saara Houansou ou l’athlète Noélie Yarigo. Cette communication directe contribue à rendre plus visible l’action présidentielle et à donner un visage aux décisions prises.
Sur le plan diplomatique, le chef de l’État a également commencé son mandat par une série de déplacements dans la sous-région. Après le Nigeria, il s’est rendu au Niger, au Burkina Faso, au Togo et en Côte d’Ivoire au début du mois de juin. En septembre, Romuald Wadagni s’est rendu successivement au Rwanda et au Congo-Brazzaville. Ces déplacements ont été consacrés au renforcement des relations bilatérales et à l’exploration de nouvelles pistes de coopération avec ces deux pays.
Le véritable rendez-vous sera celui du quotidien
Il serait prématuré, quatre mois seulement après l’investiture, de parler d’un mandat déjà réussi ou d’un programme déjà réalisé. Mais il serait tout aussi difficile d’ignorer les mesures qui ont effectivement franchi le stade de la promesse.
Le premier rendez-vous est donc pris.
Wadagni a commencé son septennat en mettant plusieurs de ses engagements sur la table des décisions. Il reste maintenant à transformer ces premières avancées en résultats durables.
Et surtout, à faire en sorte que les grands chiffres des programmes publics finissent par se traduire en choses beaucoup plus simples : Un étudiant qui arrive à l’heure à l’université, une fille qui poursuit ses études sans que les frais de scolarité ne pèsent sur sa famille, une personne handicapée qui bénéficie d’un meilleur accès à l’éducation ou à une aide adaptée, un producteur qui ne perd pas tout après une mauvaise récolte, un malade pris en charge à temps, une famille qui accède plus facilement à l’eau, une population mieux protégée face aux menaces sécuritaires, un jeune qui parvient à trouver un emploi ou à lancer une activité, et un ménage qui respire un peu mieux.
C’est à ce niveau, et non dans les discours, que les promesses électorales finiront véritablement par être jugées.
Abbas T.
beninnews.bj, l’information autrement.
