De report en report, l’activiste passe désormais plus de cinq mois en détention en Afrique du Sud.

Retour sur les arrestations qui ont jalonné son parcours, de Paris à Pretoria.
Pendant des années, Kémi Séba a connu des arrestations, des gardes à vue, des procès, des condamnations et des expulsions. Et presque chaque fois, il finissait par ressortir. Plus offensif, plus provocateur, parfois même renforcé par l’épreuve. Mais depuis le 13 avril 2026, le scénario semble avoir changé. À Pretoria, le temps passe et Kémi Séba reste en détention.
Il y a quelque chose d’inhabituel dans cette nouvelle affaire.
Cette fois, il ne s’agit ni d’une arrestation de quelques heures, ni d’une garde à vue de quelques jours, ni d’une expulsion au terme d’un bras de fer avec les autorités d’un pays africain. Kémi Séba est toujours derrière les barreaux, plus de cinq mois après son arrestation en Afrique du Sud.
Et même le calendrier judiciaire semble jouer avec ses nerfs.
Alors que ce mercredi 23 septembre 2026, une nouvelle audience devait permettre à la justice sud-africaine d’avancer sur la demande d’extradition formulée par le Bénin, le dossier a de nouveau été renvoyé. Nouvelle date : 20 novembre 2026. Une autre audience, consacrée au volet migratoire, est prévue le 6 octobre. Autrement dit, le feuilleton continue. Et une question revient à chaque fois : pourquoi, cette fois, Kémi Séba ne parvient-il pas à sortir aussi rapidement de la tempête, comme il l’a toujours fait par le passé ?
Eh bien ! Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui à Pretoria, il faut remonter le fil de son parcours.
Le 13 septembre 2014, Kémi Séba avait été arrêté à Paris alors qu’il revenait en France pour présenter son livre. Il avait ensuite été incarcéré à Fleury-Mérogis afin d’exécuter une ancienne peine. Mais cette détention n’a duré que quelques jours.
Le 29 octobre 2014, après 45 jours derrière les barreaux, il a retrouvé la liberté. À l’époque, il avait déclaré que les persécutions dont il estimait être victime, loin de l’abattre, ne faisaient que renforcer son combat.
Trois ans plus tard, nouveau rendez-vous avec la justice. Le 25 août 2017, il est arrêté au Sénégal après avoir brûlé publiquement un billet de 5 000 francs CFA. Quatre jours plus tard, le tribunal de Dakar l’acquitte. Quelques jours après, il est finalement expulsé du Sénégal.
Mars 2019 : Côte d’Ivoire, puis le Bénin. Expulsé de Côte d’Ivoire, il est arrêté à son arrivée à Cotonou. Après plusieurs heures de garde à vue, il retrouve sa liberté et repart au combat verbal. « Personne ne me menace », avait-il affirmé, expliquant avoir résisté aux « assauts de l’Occident ».
Décembre de la même année, Ouagadougou. Nouvelle arrestation, nouvelle comparution, nouvelle condamnation avec sursis. Et surtout, une phrase qui résume peut-être mieux que toutes les autres le personnage public que Kémi Séba s’est construit : « La prison, c’est la 4e fois qu’on m’y envoie et à chaque fois j’en ressors plus fort. »
La prison devenait presque, dans son propre récit, une étape supplémentaire du combat. En octobre 2021, le Burkina Faso l’arrête encore alors qu’il se rendait à Bobo-Dioulasso pour une mobilisation contre le néocolonialisme. Le lendemain, il est expulsé vers le Bénin.
Et puis vient Paris, octobre 2024.
Interpellé le 14 octobre et placé en garde à vue dans les locaux de la DGSI, Kémi Séba a été libéré le 16 octobre sans poursuites à ce stade. L’enquête préliminaire, elle, continue.
À peine dehors, il reprend le micro : « Libérés nous sommes. Ceux qui veulent nous éteindre devront encore attendre », avait-il lancé à l’endroit de ses détracteurs.
Il avait laissé entendre que ni Macron, ni Poutine, ni d’autres dirigeants ne pouvaient empêcher son combat, défiant ainsi ceux qu’il présentait comme ses adversaires.
Le message était clair : l’arrestation ne signifiait pas la fin de Kémi Séba.
Et puis Pretoria…
C’est ici que l’histoire change de rythme.
Le 13 avril 2026, Kémi Séba est arrêté à Pretoria, en Afrique du Sud. Il se trouvait alors à Pretoria avec son fils lorsqu’une opération des autorités sud-africaines a conduit à leur interpellation. Selon les éléments rendus publics dans le dossier, les autorités enquêtent notamment sur une tentative présumée de sortie irrégulière du territoire en direction du Zimbabwe. Mais cette fois, une deuxième affaire est rapidement venue changer la donne. Selon le parquet spécial de la CRIET, il faisait alors l’objet de deux mandats d’arrêt délivrés au Bénin. L’un porte sur des faits de blanchiment de capitaux, l’autre sur des faits d’apologie de crime ainsi que d’incitation à la haine et à la violence.
Le dossier sud-africain comporte parallèlement un volet lié à l’immigration et une procédure d’extradition réclamée par Cotonou.
Et là, quelque chose se brise dans le scénario habituel.
Avril, Mai, Juin, Juillet, Août, Septembre.
Toujours pas de sortie.Toujours pas de retour triomphal devant les caméras.Toujours pas de nouvelle déclaration depuis un avion ou une rue africaine pour expliquer que l’épreuve n’a fait que renforcer le combat. Ce 23 septembre, une nouvelle audience s’est tenue à Pretoria. Mais le dossier d’extradition a encore été renvoyé. Cette fois au 20 novembre.
Kémi Séba, qui avait souvent réussi à transformer ses démêlés judiciaires en tribunes politiques, se retrouve donc face à une situation beaucoup plus longue et plus complexe.
Alors, qu’est-ce qui n’a pas marché cette fois ?
Kèmi Séba a-t-il perdu ses soutiens ?
La question mérite d’être posée, mais elle ne permet pas encore de tirer une conclusion. Car l’image d’un Kémi Séba toujours capable de compter sur des relais puissants en Afrique s’est construite au fil des années. Ses relations avec plusieurs acteurs politiques du continent ont nourri cette perception. À cela s’ajoutent les accusations et enquêtes sur ses relations avec la Russie. « Le Monde » a notamment rapporté, en juillet 2026, qu’une enquête d’un consortium de médias avait établi que les stratèges de Wagner auraient guidé certaines de ses actions et que le groupe aurait versé environ 440 000 dollars entre 2018 et 2019. Cela ne signifie pas que Kémi Séba est simplement « l’homme de Poutine ». Lui-même a toujours présenté son combat comme antérieur aux dirigeants actuellement au pouvoir. Après sa garde à vue de 2024, il rappelait d’ailleurs que son engagement politique avait commencé bien avant l’arrivée au pouvoir de Macron, Poutine ou Maduro. Mais les soupçons et les révélations autour de ses réseaux ont changé le décor. Et surtout, l’homme qui avait l’habitude de passer rapidement de l’arrestation à la tribune se trouve désormais face à une procédure internationale dont il ne maîtrise manifestement plus le calendrier.
La fin d’un cycle ?
Faut-il parler de descente aux enfers ?
Trop tôt pour l’affirmer.
Faut-il parler de la fin du mythe de l’homme toujours capable de retomber sur ses pieds ?
La question, elle, est désormais ouverte. Car la justice sud-africaine n’a pas encore tranché la demande d’extradition du Bénin. Et tant que cette décision n’est pas prise, aucune conclusion définitive ne peut être tirée sur l’issue judiciaire de cette affaire.
Mais une chose est déjà certaine : Kémi Séba n’avait jamais passé autant de temps en détention dans une procédure de cette nature.
Pendant des années, chaque arrestation semblait nourrir son récit.
Chaque condamnation devenait une tribune.
Chaque expulsion, une nouvelle étape de son combat.
Cette fois, le silence de la prison dure. Et de report en report, le temps travaille autrement.
À Pretoria, Kémi Séba attend.
Le 6 octobre dira peut-être ce qu’il advient du volet immigration.
Le 20 novembre pourrait apporter une nouvelle étape dans la procédure d’extradition.
Et derrière ces dates judiciaires se pose une question plus politique, mais à laquelle l’histoire seule pourra répondre : Kémi Séba traverse-t-il simplement une nouvelle épreuve de son parcours, ou assiste-t-on réellement au moment où le personnage qui semblait toujours pouvoir s’échapper de ses tempêtes se retrouve, pour la première fois, face à une porte qui ne s’ouvre plus ?
Abbas T.
beninnews.bj, l’information autrement.
