Il y a des choses que l’on peut dire à un ami. Il y en a d’autres qu’un sélectionneur national devrait probablement garder dans le cercle de son équipe, surtout à quelques heures d’un match officiel.

Gernot Rohr aurait-il dû appeler Amir Abdou pour lui dire que Steve Mounié ne serait pas là ? C’est la question que pose aujourd’hui la déclaration du sélectionneur burkinabè.
À quelques jours du Burkina Faso-Bénin, comptant pour la première journée des éliminatoires de la CAN 2027, Amir Abdou a révélé avoir échangé avec Gernot Rohr. Selon ses propres déclarations, le technicien béninois l’a appelé avant le match et lui a notamment indiqué que Steve Mounié ne serait pas disponible.
« Je connais bien l’entraîneur Gernot Rohr, c’est un bon ami. D’ailleurs, il m’a appelé juste avant, à 24 heures de ça, pour échanger… Il m’a aussi informé que Steve Mounié ne sera pas là. C’est gentil de sa part… », a expliqué Amir Abdou.
C’est gentil de sa part ? Peut-être. Mais est-ce vraiment ce que l’on attend d’un sélectionneur à la veille d’un match international ?
C’est là que le geste de Gernot Rohr devient difficile à comprendre.
Pourquoi appeler l’adversaire pour lui confirmer ce qu’il sait déjà ?
Soyons précis : Gernot Rohr n’a pas révélé une information secrète. L’absence de Steve Mounié était déjà connue. Blessé, le capitaine des Guépards ne figurait pas sur la liste des 25 joueurs convoqués.
Mais justement.
Si Amir Abdou savait déjà que Mounié ne serait pas là, pourquoi Gernot Rohr ressent-il le besoin de le lui confirmer personnellement ?
C’est cette partie de l’histoire qui dérange.
Un sélectionneur national n’est pas un supporter qui échange avec un ami avant le coup d’envoi. Il est le responsable d’une équipe qui s’apprête à affronter une autre sélection. Son rôle est aussi de protéger les informations de son groupe, de maîtriser sa communication et de ne rien donner inutilement à l’adversaire.
Que l’absence de Mounié soit publique ne change donc pas fondamentalement la question. L’adversaire avait l’information. Rohr n’avait pas besoin de la lui offrir une seconde fois.
Et surtout, pourquoi cette démarche à seulement 24 heures du match comme l’a indiqué son homologue Burkinabè ?
On peut toujours invoquer l’amitié entre les deux hommes. On peut également considérer qu’il ne s’agissait que d’une conversation banale entre deux techniciens qui se connaissent bien. Mais dans le football de haut niveau, le timing des paroles compte aussi.
Et les derniers résultats des Guépards n’aident pas à rassurer
Cette séquence intervient en plus dans un contexte qui ne prête guère à la légèreté.
Les supporters béninois ont encore en mémoire la lourde défaite 5-1 concédée au Togo en juin dernier. Une défaite qui avait fait très mal, surtout après une ouverture du score béninoise. Quelques jours auparavant, les Guépards avaient été accrochés par le Niger (1-1).
Et avant cela, le Bénin avait déjà eu affaire au Burkina Faso, avec une défaite face aux Étalons.
Autrement dit, le prochain rendez-vous ne se présente pas dans un climat de totale sérénité. Les résultats récents alimentent les interrogations, et le déplacement à Ouagadougou s’annonce comme un nouveau test pour une équipe qui doit rapidement retrouver de la solidité.
Dans ces conditions, voir le sélectionneur béninois confirmer directement à son homologue l’absence d’un joueur important peut difficilement laisser indifférent.
Il ne s’agit pas de prétendre que cette confidence fera perdre le Bénin. Ce serait absurde. Il ne s’agit pas non plus d’affirmer qu’Amir Abdou a découvert grâce à Rohr une information qu’il ignorait.
Le problème est ailleurs : dans l’attitude.
Quand on sait que l’adversaire connaît déjà l’absence d’un joueur, quel intérêt a-t-on à l’appeler personnellement pour lui dire : « Tu sais, tel joueur ne joue pas » ?
C’est précisément ce qui laisse une impression désagréable.
Dans un match de compétition, surtout lorsqu’il oppose deux sélections qui se connaissent, on ne cherche normalement pas à faciliter le travail d’en face. On protège son groupe. On garde certaines informations pour soi. On laisse l’adversaire faire ses propres vérifications.
Gernot Rohr possède suffisamment d’expérience du football africain pour connaître cette réalité.
Alors oui, chacun peut interpréter cette conversation comme il le souhaite. Pour certains, ce ne sera qu’un échange amical sans conséquence. Pour d’autres, ce sera une imprudence inutile.
Mais pour les supporters béninois qui attendent autre chose après les dernières déconvenues des Guépards, ce genre de légèreté ne contribue certainement pas à rassurer.
Le Bénin affrontera le Burkina Faso le 25 septembre à Ouagadougou. Pendant qu’Amir Abdou assure que les Étalons ont déjà leur plan, les Guépards devront répondre sur le terrain. Il ne sert à rien de confirmer à l’adversaire ce qu’il sait déjà, comme si le Bénin devait lui faciliter davantage la préparation du match. Ci-dessous, la déclaration d’Amir Abdou en vidéo 👇
A.A.T
beninnews.bj, l’information autrement.
