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Fracture entre N’Djamena et La Haye : le Tchad officialise son départ de la Cour pénale internationale

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Accusant l’institution multilatérale de partialité et de focalisation excessive sur les pays du Sud, le pouvoir tchadien a entamé la procédure formelle de désengagement du Statut de Rome. Un virage géopolitique aux répercussions majeures pour les victimes de violences politiques.

Le divorce est désormais acté sur le plan diplomatique. Le gouvernement tchadien a transmis au Secrétariat général des Nations unies l’acte officiel marquant sa volonté de se délier du Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Au cœur du grief formulé par N’Djamena : une pratique judiciaire jugée inequitable, accusée d’appliquer deux poids, deux mesures à l’échelle mondiale.

Pour étayer sa décision, la diplomatie tchadienne met en avant le bilan comptable de l’instance internationale.

Selon les autorités locales, l’activité de la juridiction basée à La Haye cible de manière disproportionnée le continent africain. Les chiffres avancés par le gouvernement soulignent qu’une écrasante majorité des enquêtes ouvertes ainsi que la quasi-totalité des personnes actuellement incarcérées émanent de dossiers africains. Pour le pouvoir tchadien, ces éléments statistiques ne relèvent pas du hasard mais témoignent d’une orientation politique des poursuites, épargnant les puissances occidentales au détriment des nations émergentes.

N’Djamena appelle d’ailleurs l’Union africaine à engager une réflexion collective sur le devenir du mécanisme judiciaire international et encourage d’autres États membres à emboîter le pas.

Une transition d’un an sous pression diplomatique

En vertu des règles de l’institution, le désengagement ne sera effectif qu’au terme d’un délai statutaire de douze mois. Durant cette période transitoire, le Tchad conserve l’obligation légale de donner suite aux requêtes de la Cour. Ce retrait intervient dans un contexte d’érosion progressive de la présence africaine au sein de la CPI, marquée par de récents départs dans la région du Sahel.

En coulisses, les considérations stratégiques globales ont également pesé. Des échanges de haut niveau se sont tenus peu avant l’annonce entre le ministère tchadien des Affaires étrangères et la diplomatie américaine. Washington, qui n’est pas membre du Statut de Rome, a publiquement émis des réserves sur le fonctionnement de la juridiction continentale et incité N’Djamena à reconsidérer son engagement.

L’inquiétude des juristes et des organisations civiles

Cette rupture suscite de sombres perspectives pour les acteurs de la société civile et les défenseurs des droits humains. Plusieurs procédures visant la répression sanglante des manifestations d’octobre 2022 à N’Djamena avaient été soumises aux magistrats de La Haye.

Pour les représentants des victimes, qui déplorent plus d’une centaine de morts lors de ces événements, l’abandon du traité affaiblit considérablement les voies de recours internationales.

Parallèlement, la décision tchadienne survient alors que la position diplomatique du pays est scrutée dans le cadre de la crise soudanaise voisine. Des observateurs internationaux s’interrogent sur les retombées de ce retrait quant aux mécanismes de contrôle et d’imputabilité des violations commises le long des frontières régionales.

beninnews.bj, l’information autrement.

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